Déluge Tropical

Day 122 – Koh Tao

À la recherche de température chaude après 3 mois de voyage à travers l’automne et l’hiver, on a décidé de prendre le chemin pour la Thailande. La chaleur, on l’a belle et bien trouvée. Malheureusement, elle fut accompagnée par la mousson, un mois trop tard.

En se réveillant à 5h00 du matin le 5 janvier afin de se préparer pour le traversier vers l’île de Koh Tao, on aperçoit la pluie par la fenêtre qui n’a pas cessée de tomber depuis la nuit d’avant. C’est supposé être la saison sec, mais évidemment, ça ne semble pas être le cas. Le trajet du traversier vient confirmer que la mousson est en retard cette année. Émilie et moi on se refuge dans le ‘sous-sol’ du bâteau où on peut s’étendre. À peine parti, les vagues font tanguer le bâteau non seulement d’en avant à en arrière, mais également de gauche à droite. Du hublot, le ciel grisâtre et la mer s’interchangent à tous les 5 secondes. Les chaises devant nous ont quitté leurs berings et ils toguent au rythme des vagues telle une pendule faisant le compte à rebours du trajet. Émilie, avec 2 gravols dans le corps, et moi même, essayons de dormir et d’ignorer le mouvement exagéré du bâteau, le tout accompagné d’un bruit de fond de vomissements.  Après 2 heures, des gouttes provenant du toit nous tombent sur la tête, nous forçant a explorer nos talents de contorsionnistes afin de trouver une position nous permettant de rester au sec. Néanmoins, vaut mieux une fuite du toit que celle du plancher lorsqu’on se retrouve sur l’eau.

16145479_10154783722505520_1587046065_o

Finalement, on arrive tout trempé à notre hôtel, Woodlawn Villas, situé dans la jungle de Koh Tao sur le côté d’une colline. La vue de notre balcon est celle de palmiers et de noix de coco et la trame sonore celle de cris exotiques d’oiseaux qui est à peine perceptible à cause de la pluie. Notre première après-midi on la passe dans un café à l’abri de la pluie qui tombe si fort qu’on entends même plus le brouhaha des gens. Dehors, des fantômes en poncho bleu, vert et jaune se promènent dans les rues.

Après plusieurs heures à l’abri, on doit quitter le café car de l’eau commence à s’infiltrer dans la cuisine située à l’arrière. En sortant, on retrouve la rue principale transformée en véritable rivière et on a de l’eau jusqu’au cuisse. En marchant prudemment à contre-courant jusqu’à notre hôtel, des débris tels des noix de coco, des branches, des sacs de poubelles , des sandales, et même un balais avec son ramasse-poussière défilent sur l’eau. Plusieurs commerces le long de la rue sont fermés et certaines sections n’ont plus d’électricité. On nous avise que notre section de rue est fermée et qu’on ne peut plus se rendre. Ne voulant pas s’arrêter dans un resto au risque de voir le niveau d’eau monter encore plus haut, on s’achète des ramens à la lampe de poche et on continue notre route en espérant avoir accès à notre hôtel. Heureusement, le chemin d’accès de notre hôtel est au début de la section de rue fermée et on peut se rendre. On passe la nuit à se lever et à regarder par la fenêtre en espérant que la pluie s’arrête.

Le lendemain matin, on se réveille aux cris du propriétaire à travers la pluie avisant d’autres clients qu’en 20 ans, il n’avait jamais vu cela. Il nous conseille d’aller faire des provisions car la météo des prochains jours annoncent de la pluie sans relâche. Dans la chambre, la tension monte d’un cran et la réalité de la situation nous frappe de plein fouet. Émilie claque des dents sous le stress et des multitudes de scénarios défilent dans ma tête. Compte tenu que les pluies torrentielles sont prévues sur l’ensemble de la Thailande du sud, on choisi de rester sur l”île, de stocker en provisions et d’attendre patiemment que ca passe.

En allant vers l’épicerie, une partie du chemin de l’hôtel menant à la route principale est maintenant lessivée et disparue. Le niveau d’eau sur la route principale a monté depuis hier et le courant est beaucoup plus important. Des cordes sont installées sur le côté de la rue afin de s’y tenir, et des pick-ups montent et descendent la route transportant des touristes et des locaux. Un groupe de touriste provenant d’une hostel innondé se font même évacuer en embarquant dans la pelle d’une pépine. Devant l’épicerie, l’eau de la rue bifurque vers la carrière de matériaux (sable et gravier) lessivant tout sur son chemin. Une pelle mécanique essaie de peine et de misère de dévier l’eau en construisant un mur avec du sable trempé comme lorsqu’on protège son château de sable de la marée montante. La puissance de l’eau est impressionnante et dévastatrice.

Heureusement, malgré le manque d’éléctricité, l’épicerie est encore ouverte et les étagères pleines. En revenant à l’hôtel avec 10 kilos de noodle soup, céréales, collations, cannes de thon et eau, un petit sentiment de réconfort vient apaiser notre stress. Assis dans les marches de l’hôtel en regardant la pluie, on fraternise avec un couple australien (Nick et Kat) et on partage les angoisses de la situation. Le simple fait d’en parler vient  désarmorcer les peurs qu’on avait accumulées chacun de notre côté. Les propriétaires, un couple anglais très sympathique, viennent alors nous inviter à manger un bon repas chaud dans un restaurant qui est encore en opération. En mangeant notre curry rouge dans le restaurant avec 6 autres sinistrés, on a l’impression qu’on a peut-être été un peu ‘overboard’ sur la quantité de noodle soup.

Au fil des prochains jours, la météo s’est adoucie permettant ainsi à l’eau de s’écouler vers l’océan. Au fur et à mesure que le niveau d’eau descendait, on pouvait apercevoir la quantité de dommage qu’elle avait causée: des vitrines de certains commerces brisées, une partie du sable des sous-fondations disparue, des parties de route affaissées, et plus encore. Malgré tout, le moral des gens est encore fort et ils semblent tous se soutenir les uns les autres. Les activités ont reprise de plus belles et les gens commencent à reconstruire.

C’est avec une certaine tristesse que nous quittons maintenant l’île pour aller vers le nord de la Thailande, car nous avons vécus un spectre complet d’émotions. Le courage et la tenacité des gens face à cet événement m’ont impressionnés et inspirés. Notre séjour nous a permis de forger des liens avec multitudes de gens et on avait l’impression de faire parti de la communauté. On aurait bien aimé rester encore plus longtemps, mais après 4 jours de mousson suivi par 5 jours de beau temps, voilà qu’ils annoncent encore de la pluie pour les prochaines semaines. Pas besoin de nous le dire deux fois – une mousson c’ten masse! C’est le temps de prendre la route vers Chiang Mai!

16145169_10154783722755520_1417460815_o

Jason

Advertisements

3 thoughts on “Déluge Tropical

  1. rehelr says:

    C’est vraiment impressionnant ce que vous avez vécus. Même si vous nous en aviez déjà parlé, je dois t’avouer que ton récit m’a fait réaliser encore plus la gravité de ce sinistre naturelle. Étant un spectateur lointain de cette évènement, ton récit m’a fait découvrir le deuil que vous avez vécu en quittant une communauté que vous aviez adopté par la force de la Nature et aussi par la solidarité de ses habitants et ses visiteurs. Un moment de votre voyage que vous n’êtes pas prêt d’oublier! Bonne continuitéde voyage!

    Like

  2. Lise Provencher says:

    Que d’émotions! Contente que ce soit derrière vous. Malgré tout, il y a quand même un “silver lining” à tout ça. La solaridarité, l’entraide, et la camaraderie. Merci pour ce partage.

    Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s